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A la pêche aux vignettes

Que fait-on en novembre à Saint-Pierre et Miquelon ?

En novembre, l’automne remballe ses belles journées et ses couleurs fauves. Saint-Pierre et Miquelon glissent doucement vers l’hiver. Le mois de novembre a une mauvaise réputation sur nos îles. Il est souvent pluvieux, frais et venteux. Il n’a pas tout pour plaire, donc. Moi, je l’aime bien, même si tous les ans c’est là que je prends un an de plus, je ne lui en veux pas ! Novembre c’est le-mois-avant-le-mois-de-Noël, et rien que pour ça, il me plait !

Alors … est-ce qu’on fait en novembre à Saint-Pierre et Miquelon ?

1. On va aux vignettes

A défaut de pêche aux moulesmoulesmoules, novembre à Saint-Pierre et Miquelon est un bon mois pour les vignettes (qu’on appelle « bigorneaux » en métropole. Littorea Littorina)

A mer basse, un petit enfant ramasse dans vignettes avec son petit seau
A la pêche aux vignettes
Photo Marion L.

On prend un seau, des bottes montantes, et à mer basse, on y va ! En famille si possible: c’est une activité que les enfants

Un seau de vignettes
Un seau de vignettes Photo Marie-France D.

adorent.

D’ailleurs c’est plus de la cueillette que de la pêche: les vignettes se prémunissent assez mal contre les prédateurs humains … si ce n’est qu’elles sont grandement aidées par les varechs ultra glissants qui poussent tout autour d’elles. Ils sont capables de décourager les moins ambitieux.

Une fois rentré à la maison avec un seau de vignettes et une touque d’eau de mer, il ne restera plus qu’à les cuire quelques minutes pour les manger avec du pain beurré et un coup de thé au lait. Les plus gourmets réalisent des terrines avec les vignettes mais  je préfère la méthode traditionnelle.

2. On ferme les maisons secondaires

L’un des intérêts de vivre sur un archipel est qu’on peut changer d’îles de temps en temps. C’est le cas pour de très nombreux Saint-Pierrais qui possèdent une résidence secondaire à Langlade, l’île des vacances.

A la fin de l’automne les rotations du traversier Saint-Pierre/Langlade deviennent moins fréquentes, pour beaucoup c’est alors le moment de fermer les maisons pour l’hiver.

Une petite maison rouge et jaune parmi les sapins
Une maison secondaire, à Langlade
Photo Didier G.

Il n’y a pas l’eau courante à Langlade, chaque « villa » dispose de barils qui récupèrent l’eau de pluie. Ils devront être vidés pour ne pas être abîmés par le gel. On veille aux fenêtres et aux portes, que toutes soient bien calfeutrées, prêtes à subir un hiver toujours venteux. Les cheminées, sur le toit, sont bouchées, les éoliennes sont remisées, les barbecues aussi. Tout ce qui pourrait s’envoler doit être mis à l’abri. Les barrières du terrain sont bien fermées pour empêcher les chevaux en liberté de rentrer.

C’est clair, ici on craint beaucoup plus le vent que les voleurs !

3. On va à la bouquinade du Club Lions Avenir

Des piles de livres et des acheteurs
La bouquinade, au Feu Rouge
photo Club Lions Avenir

Depuis une vingtaine d’années c’est un incontournable du mois de novembre. Cette vente au profit du Téléthon est organisée par les Dames au Gilet Jaune : les membres du Club Lions féminin de Saint-Pierre et Miquelon (le Club Lions Avenir). Ces bénévoles au grand coeur font chaque année un petit chemin de croix en transportant des centaines de caisses de livres.

Enorme succès populaire, c’est aussi un fil rouge que l’on tient tout au long de l’année puisque c’est grâce aux dons recueillis 12 mois sur 12 que le club arrive tous les ans à nous servir des étals au choix incomparable. C’est notre kiosque à journaux géant éphémère, notre bouquinerie des bords de Seine d’un jour, notre Grande Librairie à nous.

Des tonnes de livres sur des tables
Des tonnes de livres à la bouquinade !
Photo Club Lions Avenir

Très vieux livres, romans de gare, ouvrages étudiés à l’école que leurs propriétaires avaient assez vus, chefs d’oeuvre et nanards: on y trouve tout, à des prix symboliques, autour de 2 euros le bouquin. Mais comme les petits ruisseaux font les grandes rivières, le club arrive bon an mal an à ramasser autour de 6000 euros à chaque édition.

Cet argent ira, en alternance, au Téléthon ou aux actions locales des Lionnes.

Si vous êtes nouveaux sur l’archipel ne manquez donc pas cette occasion de venir aider la recherche et vous fournir en livres pour les mois d’hiver à venir. Pensez-y ! … L’hiver est propice à la lecture !

La bouquinade du Club Lions Avenir se tiendra dans le préau de l’école du Feu Rouge ce samedi 18 novembre.

 

4. On se lance dans la confection des gâteaux de Noël

Ah que j’aime ces traditions qui chaque année vous mettent un kilo (de plus) sur chaque hanche en quelques bouchées !

Mais comment résister au gâteau de Noël ??? Même si il y a des variantes dans chaque famille, elles sont toutes des déclinaisons du Christmas Cake anglais (passé par le Canada avant de parvenir jusqu’à nous).

On connait différentes écoles :

  • avec ou sans mélasse,
  • avec ou sans noix,
  • avec ou sans quatre-épices,
  • fruits mélangés ou juste raisins secs,
  • un petit verre de liqueur versé dessus ou pas

Les gâteaux de Noël sont faits en novembre pour être mis à rassir quelques semaines dans une boîte (en métal) bien fermée. Ils seront déballés juste avant la messe de Minuit pour donner du courage aux fidèles qui partiront, nuitamment, à l’office de Noël.

Dans la foulée des réalisations de gâteaux de Noël on pourra aussi poursuivre les confitures de graines, que l’on cueille toujours en novembre et même pourquoi ne pas se laisser aller à un petit pâté de chevreuil ?… ou de faisan ? … qui n’attendra pas Noël mais qui sera mangé de retour d’une balade, avec un petit verre de Beaujolais Nouveau, parce qu’ici non plus, on ne peut pas y couper.

Et c’est à ce moment là  aussi que je sors l’arme secrète pour plonger la maison dans une ambiance pré-Noël : la MUSIQUE DU TEMPS DES FÊTES ! Et c’est ainsi que je chante Jingle Bells dès novembre et quand viendra décembre je massacrerai assidument Minuit Chrétien. C’est tous les ans pareil mais c’est tellement bien !

5. On commence enfin à faire du feu

Un bon feu dans une cheminée prussienne
La cheminée « prussienne » de Saint-Pierre et Miquelon
Photo Myriam L.

Les feux de cheminée (ou de poêles à bois) !!!  Voilà un des grands plaisirs de la vie ! voilà qui fait vibrer nos chromosomes hérités du paléolithique !

C’est tout en haut de mon top 5, ex aequo avec « Prendre un bain de soleil dans les Caraïbes en février » ou  » Voir mon fils Arthur faire sa chambre sans que je le lui demande ». C’est divin.

En octobre, il fait encore un peu trop doux pour faire du feu, mais quand arrive novembre … on sort les allumettes !

A Saint-Pierre et Miquelon,  il faut le savoir, la cheminée est prussienne. Nul ne sait pourquoi. C’est ainsi.

« Chéri, fais donc du feu dans la cheminée prussienne ! »… Ça sonne bien non ? Si vous faites une recherche sur Google pour « cheminée prussienne »  ce que vous verrez ne ressemble pas du tout à ce que nous avons ici. Gardons ce mystère entier….

Quel souci peut persister face à un feu de cheminée quand il commence à faire froid, qu’on a un thé chaud à la main, un chat sur les pieds et une bonne compagnie ? Les Danois ont appelé cet art de vivre le Hygge, mais nous, les Saint-Pierrais et Miquelonnais, nous le pratiquons depuis très longtemps sans lui avoir donné de nom. Vous pensez qu’on souffre du froid ici ?? allez, ne vous en faites pas pour nous …

On a des tonnes de romans achetés vous-savez-où, depuis des semaines on rentre du bois de chauffe, et quand l’hiver arrivera on sera prêt. Comme la fourmi pas prise au dépourvu quand la bise fut venue. Tout pareil.

Mais nous ne sommes qu’en novembre et il nous reste encore quelques semaines avant les températures négatives. Patience !…

Pour les photos, merci à

Christine, Marion, Didier et Pasca Line de Langlade,

à Myriam, de Saint-Pierre

et à Michèle de L’Ile aux Marins

Si cet article vous a plu, vous aiderez beaucoup laviesurlecaillou.com en le partageant. Merci

8 comments

  1. Quel plaisir de te lire Patricia; et qu’elle est belle la vie dans les Iles quand on sait y gouter!!

  2. Ce que j’aime avec ce blog, à part la découverte de Saint-Pierre-et-Miquelon, est que j’y enrichis mon vocabulaire. Après que les Canadiens m’aient présenté le baguel et la tuque, je fais maintenant la connaissance de la touque, récipient et unité de mesure jadis utilisée par les Français de Pondichéry. Une touque égale cinquante paloms. Un palom =33,993 g, ou un peu plus d’une once (source : version allemande de WIKIPEDIA). Après m’être demandé ce que pouvaient bien être ces « vignettes » de SPM, je viens de le découvrir grâce à cet article.

    Merci encore !

  3. Merci Patricia pour ce nouveau Rendez-Vous, je viens de me régaler avec ta prose ! merci de me faire rêver pendant quelques minutes, bises Anne-Marie

  4. Merci aussi. Vraiment ces articles sont interressants et plaisants a lire. A chaque fois c’est pareil, j’ai hate d’avoir la prochaine edition…

  5. Merci ! ça me met la pression, il va falloir que je me débrouille pour trouver « le mot pour Didier » à chaque article !

  6. Merci, j’ai tellement de plaisir à les écrire. C’est super si ça peut être agréable à lire.

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