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Loïc Josse, pour les Terre-Neuvas

Loïc Josse a les yeux bleus. Tellement bleus qu’ils évoquent la mer dès qu’il vous regarde.

… Sans surprise c’est de mer et d’hommes que ce libraire de Saint-Malo vient nous parler.

Déjà venu en 2014, il expose cette fois une sélection de clichés d’Aristide Ollivier, capitaine de voilier terre-neuvier à l’Arche jusqu’au 5 novembre. Loïc est venu en bonne compagnie : Alain Ollivier (le fils de l’Aristide sus nommé) était également sur l’archipel quelques jours. Oui ! Quand on enquête pendant des années sur les Terre-Neuvas à Saint-Malo, Cancale et Dinan, on arrive où ???…  A Saint-Pierre et Miquelon, pardi !

« Saint-Pierre et Miquelon, station service des Grands Bancs« , cette expression résonne encore fièrement dans la mémoire des plus anciens. La présence de ce spécialiste de la pêche à la morue est l’occasion de se pencher sur ces années fondatrices pour notre archipel. Alors allez vite à l’Arche, l’expo se termine dimanche.

Des Terre-Neuvas, il en est venu beaucoup à Saint-Pierre et Miquelon…

Ils font parti de l’histoire locale. Pendant longtemps, complètement ignorés, ces grands marins sont devenus des gens qu’on a envie de mieux connaitre, et surtout pas oublier. Objets de nombreuses attentions : expositions, musées, voyages organisés, associations… Et pour notre auteur, les Terre-Neuvas sont le sujet d’années d’enquêtes et de rencontres. A tel point qu’il est devenu, quoi qu’il en dise, le spécialiste français de la question.

Pour Loïc Josse  » C’est simple, tant qu’il y en avait, les gens s’en fichaient des Terre-Neuvas, mais maintenant ils intéressent parce qu’ils ont disparu. Le dernier voyage d’un terre-neuvier a eu lieu en 1951. Aujourd’hui il ne reste plus de Terre-Neuvas, ils sont tous décédés. On érige des mythes… c’est comme ça… croyez-moi, ils n’étaient ni des héros ni des forçats. »

Ah,… je les imaginais, comme dans « Entre Terre et Mer », en héros romantiques à la Chateaubriand, la mèche sombre flottant au vent, le regard fier perdu dans le lointain. Finalement ce n’était pas tout à fait ça.

Les Graviers – in memoriam

Graviers au travail - le séchage de la morue
Graviers au travail – le séchage de la morue Photo A. Bréhier

Une frustration ? « Les Graviers sont oubliés ».

Les graves, ce sont ces champs de cailloux, artificiels, sur lequel on mettait la morue à sécher.

Des graves à l'Ile aux Marins
Des graves à l’Ile aux Marins
Photo A. Bréhier

Les graviers étaient des enfants, souvent de Paimpol, envoyés ici très jeunes (à peine une dizaine d’années). Ils travaillaient à la manutention du poisson sur les graves.

Le poisson, le sel, le froid, les petites mains crevassées …

Ils repartaient chez eux, entassés à fond de cale, à la fin de la campagne de pêche.

Enfance maltraitée, bêtes de somme enrôlés par leurs parents, recrutés par les patronnes de bistrot, asservis par les armateurs… (Mon grand-père les entendait pleurer. Il n’a jamais oublié ça et nous en a parlé souvent)

 

 

Ces centaines d’enfants passés sur l’archipel ont laissé peu de traces.

  • Une pile de morue sèche
    Une pile de morue sèche
    Photo A. Bréhier

    Une plaque commémorative. A l’Anse à l’Allumette, un Saint-pierrais s’est souvenu du naufrage de la Clarisse où de nombreux graviers ont péri

  • Depuis le printemps 2017  Le P’tit Gravier fait la navette entre Saint-Pierre et l’Ile aux Marins. Son nom a été proposé par la population.
  • Un restaurant de Saint-Pierre s’appelle Le P’tit Gravier

Il aura fallu attendre des dizaines d’années pour qu’ils commencent à sortir de l’ombre et j’espère que ce n’est un début. A lire aussi cet article dans Ouest-France.

Vient le moment où il faut alléger l’atmosphère…

Loïc, avez-vous un lieu fétiche à Saint-Pierre ?

Entrée et enseigne de chez Txetxo
Le bar Chez Txetxo (Chez Alicia)
Photo Loïc Josse

« Chez Txetxo ! » – Prononcez Checho. Si vous êtes plus vieux, vous appeliez peut-être ce bar Chez Alicia.

(Ouf ! Un peu de légèreté dans ce monde de brutes !)
Bar à marins et à ceux qui auraient pu l’être si ils étaient nés 20 ans plus tôt.
Loïc a eu un coup de coeur pour l’endroit et pour son patron, José (Txetxo), ancien marin basque espagnol, figure locale s’il en est, « Le type le plus chaleureux que j’ai rencontré ! ».
Il aimerait revenir à Saint-Pierre et Miquelon pour travailler sur notre imaginaire collectif, il a choisi le meilleur des points de départ !
Pour en savoir plus sur les aspects humains de la pêche à la morue, lisez « Terre-Neuvas » et « La Morue » de Loïc Josse, tous deux parus chez Chasse-Marée / Glénat.
Pour un roman sur cette époque, lisez-donc « Les Litanies de l’Ile aux Chiens » (L’Ile aux Chiens, Editions L’Ancre de Marine, France) de Françoise Enguehard.
 
 
Merci à Jean-Louis D. de saintpierreetmiquelon.net pour les photos d’A. M. Bréhier.
 

4 comments

  1. Il me semble que c’est par « Le ventre de Paris » (Emile Zola, « Les Rougon-Macquart ») que j’ai appris le mot « chasse-marée ». Il désignait alors un camion hippomobile roulant à toute vitesse de la Normandie à Paris, pour livrer le poisson frais.

    Je suis végétarien, n’aime ni la chasse, ni la pêche. Je trouve toutefois intéressant de (re)découvrir des métiers disparus. Merci pour l’article.

  2. Merci pour cet article très intéressant sur un sujet méconnu.
    Je rêve de venir vous rendre visite sur le caillou !

  3. Marie-Yannick vous portez un nom de famille qui parle aux gens de Saint-Pierre et Miquelon, on est même tous capables de mettre un visage dessus. Pas le vôtre bien sûr 🙂 et je parle pour les plus de 20 ans ! Je suis sure que vous avez déjà du entendre beaucoup de choses sur notre archipel. Venez donc nous rendre visite ! on vous attend !

  4. Merci Didier ! Moi aussi je suis toujours intéressée par les métiers qui n’existent plus.

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