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Jeannot dans son jardin

Jeannot, la main verte de la rue Boursaint

C’est dans sa charmante maison probablement centenaire que Jeannot m’accueille. Une vraie maison traditionnelle saint-pierraise : plafonds bas, deux étages, beaucoup de fenêtres, un escalier étroit comme une coursive de navire. La cuisine est décorée d’un charmant papier peint fleuri; la cuisinière trône en imposteur à la place du poêle à charbon. Ca sent délicieusement bon.

Jeannot, qu’est-ce qui vous plait à Saint-Pierre et Miquelon ?

« Spontanément, c’est cette proximité entre les gens qui me plait beaucoup. Ici les relations de voisinage sont tellement simples… nous vivons dans un village !

En 2012, je suis revenu m’installer à Saint-Pierre, après 11 ans d’absence. Même si j’ai adoré ma vie à Barcelone puis au Pays Basque j’avais fini par trouver pesante la solitude des grandes villes. Au début on apprécie cet anonymat, surtout quand on arrive de SPM, mais il arrive un moment où ça devient difficile à vivre. C’est un peu comme un charme qui s’estompe…

Bien sur, ma vie quotidienne à Saint-Pierre est très différente. Ponctuée de rencontres, de « Bonjour comment ça va? » de pauses pour prendre des nouvelles des amis qu’on croise. »

Et les villages, Jeannot, il connait bien : j’apprends qu’il est né à l’Ile aux Marins (enfin,

“techniquement”, la maternité était à Saint-Pierre mais il y est arrivé dans sa première semaine de vie) où il a été à l’école jusqu’au certificat d’études ! Je n’en savais rien, je suis impressionnée : instantanément il prend une dimension de Monument Historique !

La conversation glisse sur son enfance de Pieds Rouges (c’est le surnom que l’on donne aux gens de l’Ile aux Marins. Les Saint-Pierrais sont eux des Culs Verts). Une vie rythmée par les saisons, les campagnes de pêche du père et le travail du poisson pour toute la famille : la morue à piquer et à fileter, les capelans à faire sécher au soleil (et à rentrer à toute vitesse en cas d’averse inopinée), les tonnes de sel à charrier…

Curieusement, à aucun moment Jeannot n’évoque la rudesse de cette existence. Probablement parce que c’était le lot de tous et que « c’était comme ça ».  

Avez-vous un souvenir de cette époque en particulier ?

Un épisode le fait sourire et montre comme les temps ont bien changé: «Dans les années 50 l’Ile aux Marins avait commencé à se vider et beaucoup d’habitants passaient l’hiver à Saint-Pierre et regagnaient l’île à la belle saison. « A cette époque on n’était pas moins de 250 estivants, sur l’Ile aux marins c’était tout une communauté. »

Ainsi, deux fois par an les familles déménageaient l’ensemble de leur équipement domestique d’une île vers l’autre : les lits, le poêle à charbon, la vaisselle, les tables et chaises, absolument tout. « Et on le faisait en une journée ! » s’exclame-t’il. Ça, ça va faire sourire les Langladiers !….

Bien sûr la vie est tout autre en 2017, et Jeannot, retraité depuis plusieurs années, suit à la lettre l’adage de Voltaire : Il cultive son jardin. Mais pas que !

Et il aide aussi au jardin de Florian, qui habite en face,

Et il donne un coup de main pour le jardin de Françoise deux maisons plus bas,

Et si Jeanine n’est pas là au printemps, il s’occupe de planter ses soucis.

« Le jardinage a une part importante dans ma vie » explique-t-il c’est aussi une façon de créer du lien, de rendre l’environnement plus beau, de vivre en symbiose avec la nature. Et quel talent ! Derrière sa maison, bien abrité, presque niché au flan de « la butte » le jardin de Jeannot s’organise en terrasse : au premier niveau un espace vert, rose et fushia, et jaune, orange et bleu. En contre-bas la serre et le potager et au fond de son champ vision : l’Ile aux Marins, toujours. On sent que chaque mètre carré a fait l’objet d’une attention particulière.

Quel est votre endroit préféré à Saint-Pierre et Miquelon ?

Après avoir vu ce jardin-écrin et connaissant ses liens avec l’Ile aux Marins, je pensais connaitre la réponse. Eh bien non, sans hésiter il répond :

« Ah ! c’est le cap de Miquelon !  C’est grandiose, c’est un endroit que j’adore ».

Et moi, quelque chose me dit que je vais très souvent recevoir cette réponse  ….

6 comments

  1. Merci Patricia de nous faire partager l’histoire d’un des membres de la diaspora St Pierraise et Miquelonaise qui a choisi de revenir vivre sur le caillou.

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